Lettre
ouverte : création du ROD
Paris, le 5 février 2007
Nous, auteurs,
réalisateurs
et producteurs de documentaires, avons décidé de
créer
le ROD :
Réseau des Organisations du Documentaire, pour
assurer la pérennité et l’essor du documentaire
sur les chaînes des télévisions publiques.
Sa vocation est de se préoccuper des politiques publiques
en matière de documentaire. Ses objectifs immédiats
sont de prendre position, de promouvoir et d’attirer l’attention
des pouvoirs publics, des responsables de la télévision,
de la presse, voire des publics sur :
-
la nécessité d’une diversité des
formes, des contenus, des approches, des regards et des programmations sur
les chaînes de télévision de service public,
La vocation du ROD est également d’interpeller
les pouvoirs publics et les politiques, notamment les
candidats aux élections, sur la question de la télévision
publique et sur la politique culturelle et de création
en matière de documentaires.
Dès aujourd’hui, nous souhaitons réagir à plusieurs évolutions
récentes et émettre des propositions.
Il n’y a jamais eu autant de programmes appelés « documentaires » sur
les principales chaînes de télévision de service
public – et bénéficiant, à ce titre,
de ses mécanismes de financement – alors qu’ils
relèvent de plus en plus souvent du divertissement ou du
journalisme.
Tout reportage — indépendamment de
sa qualité — tend à être
renommé « documentaire ». Le suivi
de la programmation des « cases » consacrées
au « documentaire » sur France 2 et France
3 pendant les huit derniers mois a montré plusieurs tendances :
-
De plus en plus souvent, leurs sujets
correspondent aux découpages
en catégories préétablies de la fiction
télévisée (la police, les médecins,
les pompiers, les professeurs…)
-
Ils se « people-isent » en
ayant recours à des « célébrités » pour
accroître l’audimat.
-
Ils sont souvent réalisés
dans des temps trop courts, ou par des agences de presse
dont les pratiques sont celles du reportage.
Pour nombre de responsables de chaînes ou
de programmes télévisés, « le documentaire » se
résume en toute bonne foi à « Envoyé spécial » ou
autres reportages. Ainsi pensent-ils que la politique actuellement
mise en œuvre sur les chaînes permettrait de sortir « le
documentaire » de sa confidentialité passée.
Il n’en est rien.
Les cases qui dépendent moins de l’audimat et qui
permettaient, par voie de conséquence, de diffuser des films
singuliers ou hors format et des émissions qui n’entrent
dans aucune programmation préétablie, ont été supprimées
de fait.
Les tendances soulignées plus haut s’accompagnent
de celle qui consiste à écarter les documentaires
qui n’entrent pas dans cette nouvelle « norme ».
Il n’y a jamais eu autant d’affirmations
selon lesquelles la télévision a une politique en
faveur de la « création », mais
la diversité d’écritures documentaires et
les points de vue d’auteurs ont de moins en moins de place
sur les chaînes de télévision de service public.
La
télévision de service public ne peut continuer à tendre
vers, au pire, une simple télévision de divertissement
et, au mieux, un didactisme bien-pensant, et ceci au détriment
de toute autre ambition.
Nous nous inquiétons, par
ailleurs, de la tendance au sein du CSA d’entériner
l’extension progressive de la notion d’œuvre sur
laquelle repose l’existence de documentaires à la
télévision, aux magazines de reportages et aux émissions
de jeux.
Il ne s’agit pas tant d’accuser
que d’alerter
les responsables des télévisions et les « sages » de
l’audiovisuel.
Le ROD soutient qu’une
télévision « habitée » est
encore possible et que la diversité des regards et des approches à la
télévision de service public doit impérativement être
préservée.
Le ROD propose de travailler avec les présidents
et directeurs des chaînes et avec les responsables des programmes à une
redéfinition de la politique du documentaire.
Il n’y a pas de démocratie
sans liberté de création.
Pour le ROD (Réseau des Organisations du Documentaire) :
ADDOC
(Association des cinéastes documentaristes)
Abraham
Ségal, coprésident
Pascale Krief,
vice-présidente
Collectif de réalisateurs « Électrons
Libres »
Yves Jeuland, réalisateur, coordinateur
Martin Meissonnier, réalisateur, coordinateur
C7
(Club du 7 octobre)
Xavier Carniaux, président
SRF (Société des
Réalisateurs
de Films)
Pierre Oscar Levy, secrétaire général
Simone
Bitton, déléguée documentaires
USPA (Union Syndicale
de la Production Audiovisuelle)
Paul Rozenberg,
président
de la commission documentaire
liste des signataires individuels
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